Écouter les données : on apprend toutes et tous à parler, mais pas de la même façon
ConférenceÉtudes cognitives
25/09/2026 | 22h00 - 23h00 | Salle Borel
Informations
Tous les enfants du monde apprennent à parler, et pourtant la science du langage s'est longtemps construite en observant un seul type d'enfant, standardisé et peu représentatif de la diversité : occidental et CSP+, également nommé WEIRD (Western, Educated, Industrialized, Rich, Democratic). Cette limite pose un problème simple une fois que l’on sait que les démographies WEIRD ne couvrent que 12% de la population mondiale (Nielsen et al., 2017) : peut-on vraiment comprendre comment le langage s'acquiert en n'étudiant qu'une infime partie de la diversité des environnements dans lesquels les enfants grandissent ?
Pour y répondre, l'équipe LAAC (Language Acquisition Across Cultures) a construit un réseau international de chercheurs et de chercheuses et s'est rendue sur le terrain, en France et ailleurs dans le monde, pour enregistrer le quotidien sonore de jeunes enfants grâce à des enregistreurs audio portés sur les vêtements permettant d'obtenir des enregistrements longue durée. Des centaines, parfois mêême des milliers d'heures de sons captés dans des environnements linguistiques et culturels très variés (Vanuatu, Népal, Bolivie, Îles Salomon, etc.) ont été accumulés.
Mais ces données soulèvent un défi majeur : leur volume dépasse les capacités des méthodes traditionnelles d'annotation manuelle. Comment les analyser ? L'équipe LAAC développe alors des outils d'intelligence artificielle capables de détecter automatiquement qui parle, quand, et combien de temps, automatisant ainsi l'annotation et l'analyse à grande échelle.
Ce que l'on découvre est parfois surprenant. Les études classiques, menées par observation directe, suggéraient que les enfants en ville entendaient jusqu'à trois fois plus de parole que les enfants des campagnes. Mais quand on utilise les enregistrements longue durée, cet écart s'atténue fortement, voire disparaît. Alors, d'où vient la différence ? Simple biais méthodologique, réaction des familles à la présence d'un observateur ou d'une obervatrice, ou alors le fait qu’on ignore souvent la parole des autres enfants au profit de celle des adultes ? La question reste ouverte, et illustre à quel point la façon dont on collecte les données façonne ce que l'on croit savoir sur le développement du langage.